Sutra, Temple Jingo-ji (Kyoto, Japon)
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)
Le Bouddhisme fut fondé par Siddhartha Gautama, selon la tradition un prince hindou qui, désillusionné par la nature éphémère de la vie, renonça à sa position pour suivre une voie spirituelle qui le conduisit à l'illumination. En atteignant la pleine conscience, il comprit que les gens souffraient faute d'avoir compris que la nature de la vie était un perpétuel changement, et de ce fait ils se trouvaient liés à la roue de la souffrance sans fin à travers le samsara. En essayant de s'accrocher à des expériences en perpétuel changement comme à des états permanents, chacun s'enfermait dans un cycle de désir et de peur, dont il pouvait se libérer par la reconnaissance des Quatre Nobles Vérités et de la discipline spirituelle de l'Octuple Sentier.
Les écritures canoniques du Bouddhisme, rédigées par les disciples du Bouddha après sa mort, sont appelées les Tripitaka ("trois corbeilles") car elles se composent de trois catégories d'enseignements: le Vinaya Pitaka, le Sutta Pitaka et l'Abhidhamma Pitaka, qui traitent respectivement de la vie et la conduite monastiques, des enseignements du Bouddha, et de leur commentaire et analyse. D'autres sutras bouddhistes commentent ou expliquent certains aspects du Tripitaka, ou abordent et développent les croyances fondamentales qu'il exprime.
Comme pour les deux autres systèmes de croyance, il existe de nombreux sutras bouddhistes, mais le plus connu est le texte fondateur d'un recueil de 38 sutras intitulé Prajnaparamita – Perfection de la Sagesse. Ces sutras furent composés entre env. 50 av. J.-C. et 600 ap. J.-C. Les deux plus célèbres sont le Sutra du Diamant et le Sutra du Cœur. Le Sûtra du Diamant tire son nom d'une phrase du Bouddha dans laquelle il dit que ce discours doit être ainsi nommé car il tranchera l'ignorance comme un diamant. L'ouvrage traite de la différence entre ce que l'on perçoit comme la réalité et la véritable réalité, ainsi que de comment les définitions des aspects de la réalité nous séparent de la réalité réelle. Qualifier de "table" un meuble à surface plane et à quatre pieds, par exemple, nous empêche de voir la véritable nature de cet objet. On l'appelle "table", on se familiarise avec cette définition et l'on ne reconnaît jamais que sa véritable nature pourrait être différente. De la même manière, les étiquettes appliquées à quoi que ce soit nous éloignent de la véritable réalité. Le Sutra du Diamant, comme les autres œuvres de la Perfection de la Sagesse, cherche à engager pleinement le lecteur à se débarrasser des illusions acceptées et à s'éveiller à la pleine conscience.
Le Sutra du Cœur, composé vers 660 ap. J.-C., est un résumé des sutras antérieurs qui en distille leur sens pour présenter un traité précis sur l'importance de se débarrasser de l'illusion et de reconnaître la vérité. Le Sutra du Cœur est l'ouvrage bouddhiste le plus populaire et le plus largement lu. Il est régulièrement récité, en tout ou en partie, par les Bouddhistes de l'école Mahayana qui en mémorisent souvent de longs passages. À travers une série de dialogues, l'ouvrage amène l'adepte vers l'expérience du sunyata ("vision claire"), un état d'esprit qui permet à chacun de distinguer avec justesse la réalité de l'illusion et de se libérer de l'ignorance qui emprisonne l'âme et engendre la souffrance.
Les Bouddhistes chinois se sont lancèrent dans des pèlerinages en Inde, et certains, comme le célèbre voyageur Xuanzang (602-664 ap. J.-C.), traduisirent de nombreux sutras bouddhistes en chinois et les rapportèrent en Chine. Parmi ceux-ci figurait le Sutra du Diamant, imprimé en 868 à partir de blocs de bois, soit près de six siècles avant la Bible de Johannes Gutenberg, en faisant le premier livre imprimé connu au monde. Bien que les sutras de l'Hindouisme et du Jaïnisme aient exercé une influence considérable hors de l'Inde, les sutras bouddhistes sont les plus connus, simplement parce qu'ils furent adoptés par tant de gens d'autres nationalités. Cependant, les œuvres de ces trois religions se complètent bien plus qu'elles ne se contredisent sur le message essentiel de l'ignorance comme fondement de la souffrance humaine, et de la compassion comme premier pas vers une vie significative et la libération de l'illusion.