Le Taiso, c'est l'exercice physique du Yoga Japonais, les Asanas du Yoga Indien. La vidéo ci-dessous explique bien cette notion fondamentale de "taiso", propre à la culture japonaise (et asiatique sous d'autres termes):
L'ancêtre du courant du Taiso est peut-être le Dào Yǐn (導引) chinois, une pratique ancienne dont les racines se trouvent en Chine avant d'être largement adoptée au Japon. Le Dō-In est l'une des plus anciennes formes de gymnastique énergétique et thérapeutique en Asie de l'Est. Dào Yǐn est un terme chinois qui signifie littéralement "Guider et Étirer" ou "Guider et Conduire" (Dào 導 : Guider, conduire l'énergie, Qi ou Ki, Yǐn (引) : Étirer, étirer les membres). Le Dào Yǐn serait apparu il y a plus de 2000 ans en Chine, bien avant le développement du Tai-chi Chuan ou du Qigong moderne (dont il est un ancêtre). Son but était de préserver la santé, de guérir les maladies, et de prolonger la vie en utilisant la posture, le mouvement, la respiration et l'automassage pour harmoniser la circulation du Qi (l'énergie vitale) dans les méridiens et les canaux du corps.
Des manuscrits découverts en 1973 dans la tombe de Mawangdui dans la province du Hunan enChine, contiennent le "Daoyin Tu", un rouleau de soie illustrant 44 figures représentant des exercices de Dào Yǐn. C'est l'une des preuves les plus anciennes et les plus visuelles de cette pratique (Mawangdui Daoyin Tu, 約, 168 av. J.-C.). Le Dào Yǐn est mentionné dans des classiques de la médecine chinoise, notamment ceux liés à l'amélioration de la longévité et à la thérapie physique.
Le Dào Yǐn a été introduit au Japon avec la médecine, le bouddhisme et la culture chinoise, probablement entre le VIe et le VIIIe siècle. Au Japon, la pratique est devenue le "Dō-In" (導引). Elle s'est intégrée dans les pratiques de santé et de discipline, notamment au sein des écoles de Shiatsu et des arts martiaux, où elle est utilisée pour l'échauffement et la maintenance énergétique (similaire à l'Aiki Taiso). L'accent japonais est souvent mis sur l'automassage et les étirements simples basés sur les principes des méridiens pour l'autonomie de la santé.
Le Dō-In est donc non seulement une pratique ancienne, mais aussi la source historique de nombreuses formes d'exercices énergétiques que l'on trouve aujourd'hui en Asie. Mais le Yoga est considérablement plus ancien que le Dào Yǐn; il daterait de plus de 3000 ans (selon les premières mentions dans les Védas, et traces dans la civilisation de l'Indus). Le Dào Yǐn/Dō-In lui daterait d'environ 2 200 à 2 400 ans (selon les premiers écrits et découvertes archéologiques).
Les racines du Yoga remontent à l'Inde ancienne. Les concepts philosophiques et spirituels qui forment la base du Yoga (discipline, méditation, union) sont déjà présents dans les Védas (textes hindous très anciens, datant d'au moins 1500 av. J.-C.) et sont développés dans les Upanishads (vers 800-400 av. J.-C.). Certains sceaux découverts lors des fouilles de la civilisation de la Vallée de l'Indus (Harappa et Mohenjo-Daro, 3300–1300 av. J.-C.) montrent des figures dans des postures qui ressemblent à des positions de Yoga , suggérant des pratiques méditatives très anciennes. C'est toutefois avec les Yoga Sūtras de Patañjali (estimés entre 200 av. J.-C. et 400 apr. J.-C.) que le Yoga classique (Rāja Yoga) est formalisé.
Mawangdui Daoyin Tu
« Souffler et respirer, expirer et inspirer, rejeter l’air usé et en absorber du frais, s’étirer à la manière de l’ours ou de l’oiseau qui déploie ses ailes, tout cela ne vise qu’à la longévité. C’est ce qui est prisé de l’adepte qui s’efforce de guider et induire l’énergie de l’homme qui veut nourrir son corps, ou de celui qui espère vivre aussi vieux que Peng Zu.» Zhuangzi Ch.15 (Cité dans la Pensée chinoise, Anne Cheng). Le Zhuangzi (Tchouang-tseu) est le second texte fondateur du taoïsme (après le Tao Te King de Lao Tseu), datant du IVe siècle av. J.-C. C’est dans ce livre que l'on trouve la toute première mention écrite du terme "Dao Yin". Il décrit des pratiquants qui "soufflent et expirent" et qui "s'accrochent comme l'ours et s'étirent comme l'oiseau" pour vivre longtemps.
On sait que Confucius a su mettre en avant dans ses préceptes l’humanisme et l’organisation sociale ; mais Zhuangzi, lui, parle de communion intime avec le Dao en imitant la Nature et toujours dans un extrême détachement. Comme un miroir, l’homme devient transparent mais si présent à l’instant qu’il vit, le cœur vide et rempli par le reflet de l’ordre cosmique. Il est soumis ainsi à une rythmicité qui lui échappe complètement. Le Dao Yin est un moyen, une pratique corporelle qui favorisent cet échange subtil entre la Nature et l’Homme, et on le trouve clairement mentionné dans l’œuvre de Zhuangzi ; également dans les grands traités du Huai nan zi (prononcé Rouaï-nan-dseu) qui est une encyclopédie philosophique chinoise majeure datant de la dynastie Han (environ 139 av. J.-C.) Bien qu'elle intègre des idées confucéennes, elleest principalement taoïste. Elle insiste sur l'idée que le microcosme (le corps humain) fonctionne comme le macrocosme (l'univers). Elle contient l'une des premières descriptions écrites du Dao Yin. Elle décrit notamment les mouvements des animaux (l'ancêtre du "Jeu des 5 animaux" du Qi Gong) comme méthode pour fluidifier le Qi et pratiquer le Yang Sheng (nourrir la vie).
Le Dào Yǐn est né dans le contexte de la civilisation chinoise, souvent lié à la médecine préventive et aux pratiques taoïstes. Le Huang Di Nei Jing (黄帝内经), ou Classique interne de l'Empereur Jaune, le plus ancien ouvrage de médecine chinoise traditionnelle qui mentionne le Dào Yǐn est attribué au mythique Empereur Jaune ( 黄帝 Huangdi), qui aurait régné de 2697 à 2597 av. J.-C., bien que son existence soit légendaire. En fait cet ouvrage est le fruit de plusieurs auteurs, à des époques différentes. Il est accepté que ce grand classique de la médecine traditionnelle chinoise ait pu être compilé durant la période des royaumes combattants (-500 à -220) et celle de la dynastie Han (-206 à +220). Comme mentionné précédemment, la preuve la plus concrète et illustrée du Dào Yǐn est le rouleau de soie du Daoyin Tu découvert dans la tombe de Mawangdui. Ces figures datent d'environ 168 av. J.-C. Bien que postérieur au Yoga, le Dào Yǐn est l'un des ancêtres de nombreuses pratiques de gymnastique énergétique chinoise telles que le Qigong et le Tai-chi Chuan.
Le Dao Yin est né dans un contexte magique et ésotérique (Fang shu) pour devenir une pratique d'hygiène de vie (Yang sheng). L’origine du Dao Yin date du VIIIème siècle av JC, Epoque « des printemps et des automnes »;
Fang Shu (方术) Traduction littérale : « Les Arts des Méthodes » ou « Techniques des recettes ». Cela désigne l'ensemble des pratiques ancestrales utilisées par les Fangshi (les maîtres des techniques, sortes de magiciens-alchimistes). À cette époque (VIIIe siècle av. J.-C.), ces pratiques incluaient l'alchimie, la divination, l'exorcisme et la recherche de l'immortalité physique. Le Dao Yin n'était pas juste de la "gymnastique" au départ, mais il faisait partie de rituels chamaniques ou magiques destinés à acquérir des pouvoirs ou l'immortalité.
Yang Sheng (养生) Traduction littérale : « Nourrir la vie » (Yang = nourrir/entretenir, Sheng = vie/naissance). C'est le concept chinois de la préservation de la santé. Cela regroupe toutes les méthodes pour vivre longtemps et en bonne santé (diététique, sexualité, régulation des émotions et exercices physiques).
Le Yang Sheng (But) est la grande philosophie globale, l'art de "Nourrir la Vie". C'est l'objectif final : vivre longtemps et en bonne santé. Le Yang Sheng inclut la diététique, la gestion des émotions, le sommeil, la sexualité, et l'exercice. Le Do In / Dao Yin (Moyen) est une technique spécifique utilisée pour faire du Yang Sheng. C'est la méthode pratique (auto-massages, étirements, respiration) que l'on utilise pour atteindre l'objectif de santé.
Le Huang Di Nei Jing ets la "Bible" de la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC). C'est le texte fondateur absolu : Compilé entre le Ve et le Ier siècle av. J.-C., c'est le premier ouvrage qui abandonne les croyances aux démons pour expliquer la maladie par des causes naturelles (déséquilibre du Yin/Yang, émotions, climat). Si le Do In est la pratique, le Huang Di Nei Jing est la théorie. C'est lui qui décrit pour la première fois le système des méridiens et de la circulation du Qi (énergie). Le livre insiste énormément sur le Yang Sheng. Il contient cette phrase célèbre : « Le bon médecin soigne la maladie avant qu'elle n'apparaisse ». Il prescrit le Dao Yin comme un remède majeur pour prévenir la maladie, et non juste pour la guérir.
Note: Fang Shu (方术) est un terme générique englobant l'ensemble des arts traditionnels chinois de nature ésotérique, occulte et technique. Le Feng Shui (风水) ne constitue qu'une branche spécifique de ce vaste domaine, se concentrant exclusivement sur l'agencement spatial, l'environnement et la topographie. Fang Shu (方术) : signifie « méthodes des arts » ou « techniques ésotériques ». Ce terme recouvre un large éventail de pratiques techniques et surnaturelles de la Chine ancienne. Des chercheurs tels que Li Ling le subdivisent généralement en deux catégories : le *shushu* (數術 : divination, astrologie, numérologie, calendriers) et le *fangji* (方技 : médecine, pharmacologie et techniques de longévité). Feng Shui (风水) : signifiant littéralement "vent et eau" », il s'agit d'un art traditionnel de géomancie et de choix de site. Il vise spécifiquement à harmoniser l'existence humaine avec le terrain environnant, le paysage, les cours d'eau et l'orientation architecturale...