Do In, Hata Yoga, Il Won Do, il existent de nombreux arts d'écologie corporelles avec de nombreuses routines. Le Yoga Japonais restant assez confidentiel en dehors du Japon encore actuellement, on se contentera de noter les techniques approchantes dans les autres arts, et particulièrement celui très proche de l'Aiki Taiso. Il en va de même pour l'Il Won Do, un courant contemporain restant assez confidentiel en dehors de la Corée et que l'on ne peut donc guère illustrer.
Il existait des liens parfois très étroits entre tous les grands acteurs des arts martiaux, de la spiritualité et du développement personnel au Japon au début du XXe siècle (1900-1950). Ce n'est pas une histoire d'événements isolés, mais celle d'une quête commune au Japon de l'ère Meiji (1868-1912) et Taishō (1912-1926) qui a fait que les arts guerriers (bujutsu) des samouraïs ont pu se transformer en Voies spirituelles et éducatives (budō), et que le développement personnel s'est ancré dans une vision spirituelle et universelle.
Au centre, Nao Deguchi, à sa droite sa fille Sumiko Deguchi, à sa gauche, Onisaburō Deguchi.
L'Ōmoto-kyō est le moteur spirituel et idéologique de cette transformation pour les arts martiaux. Nao Deguchi (出口 なお) a été la fondatrice de ce mouvement. C'est par ses écrits inspirés (Ōmoto Shin'yu, les Prophéties de Nao) que l'Ōmoto a vu le jour. Elle était une femme pauvre, illettrée, qui a commencé à recevoir des révélations spirituelles en 1892. Elle est la source des prophéties de "reconstruction du monde" qui ont motivé les actions d'Onisaburō, son premier disciple et continuateur, et attiré des personnes en quête de vérité spirituelle. D'origine shintoïste, ce mouvement dirigé par son gendre, Onisaburō Deguchi (1871–1948), un personnage extrêmement charismatique et influent. Leurs enseignements mettaient l'accent sur :
• L'Harmonie Universelle et l'Unité du Divin (Unu Dio, Unu Mondo, Unu Interlingvo - Un Dieu, Un Monde, Une Interlangue, l'Esperanto).
• La Réforme Sociale : Critique du militarisme et de l'autoritarisme du gouvernement impérial japonais (ce qui a conduit à sa suppression violente en 1921 et 1935).
• L'Importance du Ki et du Corps/Esprit : La quête d'une union spirituelle et physique.
C'est cet accent sur l'harmonie, la spiritualité universelle et la culture intérieure qui a attiré de nombreux penseurs et maîtres d'arts martiaux au début du 20e siècle.
Sumiko Deguchi (出口 澄子) : La seconde guide spirituelle (Nidaime) de l'Ōmoto-kyō, et la fille cadette de Nao. Elle a épousé Onisaburō Deguchi (Ueda Kōsaburō, à l'époque) et a joué un rôle essentiel dans l'organisation du mouvement après la mort de Nao la fondatrice. Naohi Deguchi (出口 直日) : La troisième guide spirituelle (Sandaime), fille de Sumiko et Onisaburō, qui a dirigé l'Ōmoto après les purges violentes du gouvernement impérial, assurant la survie du mouvement dans l'après-guerre. Ces femmes ont maintenu l'intégrité spirituelle de l'Ōmoto malgré les persécutions et ont joué un rôle direct dans l'histoire, notamment en accueillant Ueshiba et en gérant les affaires spirituelles du mouvement. C'est Onisaburō Deguchi le co-fondateur, le charismatique guide spirituel qui a transformé la vision en mouvement actif, promouvant l'universalisme, l'Esperanto et l'idéal du Royaume de Paix. Il a eu une influence directe sur Morihei Ueshiba et l'Omoto Kyo est la source idéologique de l'Aïkido.
A gauche, Morei Ueshiba,
à droite Onisaburō Deguchi
Cet idéal d'un Royaume de Paix sera marqué par une expédition en Mongolie en 1924, menée par Onisaburō Deguchi. À cette époque, la Mandchourie et la Mongolie Intérieure (souvent désignées collectivement par les Japonais comme Man-Mō) étaient des régions convoitées et politiquement instables. Le Japon impérial y voyait un terrain d'expansion économique et stratégique. Onisaburō Deguchi avait une vision grandiose : utiliser ces territoires comme base pour établir un "Royaume de Paix" universel, conforme aux idéaux de l'Ōmoto-kyō et de l'harmonie religieuse mondiale. L'expédition de 1924 était un événement marquant impliquant des figures spirituelles, martiales et politiques. D'abord Onisaburō Deguchi (出口 王仁三郎) lee co-fondateur charismatique de l'Ōmoto-kyō. Il se voyait comme un leader spirituel capable d'unifier les peuples d'Asie. Il se fit proclamer un temps successeur de Gengis Khan sous le nom de Chingis Khan II pour rallier les tribus locales. Son disciple Morihei Ueshiba (植芝 盛平), futur fondateur de l'Aïkido. Il accompagnait Onisaburō comme garde du corps. C'est durant cette épreuve qu'il aurait eu de profondes révélations sur la nature du Budo et du Ki. Son dévouement à Deguchi était total. Lu Zhankui (陸 占奎), un chef militaire local chinois (seigneur de guerre) qui s'était allié avec Onisaburō. Leur objectif était de former une armée pour établir l'État indépendant idéal de Deguchi en Mongolie. C'est dans son quartier général, près de Tongliao, que le groupe fut capturé. Nao Deguchi (出口 なお) la fondatrice et grand-mère spirituelle de l'Ōmoto-kyō (1836–1918) était décédée avant l'expédition, mais sa prophétie de la rénovation du monde (yonaoshi) et son appel à un âge d'or ont inspiré l'action d'Onisaburō sur le continent. L'aventure se terminera brusquement : ils seront capturés par les troupes du seigneur de guerre mandchou Zhang Zuolin (張作霖), condamnés à mort, puis libérés de justesse grâce à l'intervention des autorités consulaires japonaises.
Morihei Ueshiba (植芝盛平) avait rencontré Onisaburō Deguchi en 1919 et était devenu un adepte fervent de l'Ōmoto-kyō. Il s'installa à Ayabe, au siège de l'église Omoto (Ōmoto-kyō). Ueshiba ouvrit son premier dojo à Ayabe, dans l'enceinte sacrée de l'Ōmoto-kyō, où il enseignait les arts martiaux aux adeptes de l'église. C'est durant cette période qu'il commence à transformer son ancien style (Daitō-ryū Aiki-jūjutsu) en une discipline plus spirituelle. Ueshiba a souvent décrit des expériences spirituelles, y compris une en 1925 où il aurait reçu l'illumination : « La source des arts martiaux est l'amour divin ». Cette révélation, souvent reliée à son étude sous Onisaburō, est l'acte de naissance philosophique de l'Aïkido, qui vise l'« art de la paix » (Bu comme Aïki ou harmonie) plutôt que l'art de tuer. En 1924, Ueshiba a même accompagné Onisaburō Deguchi dans une expédition en Mongolie dans le but d'y fonder un royaume de paix basé sur les préceptes de l'Ōmoto-kyō, bien que cette mission ait échoué et ait failli leur coûter la vie. L'Aïkido est, à l'origine, l'expression martiale des idéaux de l'Ōmoto-kyō.
Avant de rejoindre l'Ōmoto-kyō, Morihei Ueshiba était lui-même un colon-pionnier à Hokkaidō, dans le village de Shirataki, vers 1912. Hokkaidō était la dernière frontière du Japon, soumise à une politique de développement forcé (kaitaku) après l'annexion et le déplacement des Aïnous. Ueshiba a vendu toutes ses terres et sa maison à Hokkaidō en 1919 pour rejoindre Onisaburō à Ayabe, suite à la maladie de son père et aux conseils qu'il avait reçus sur Deguchi. Le fait qu'Ueshiba ait choisi de s'établir à Hokkaidō, puis de tout abandonner pour rejoindre l'Ōmoto, montre une quête personnelle d'un idéal spirituel et collectif qui ne pouvait plus être satisfait par l'effort de colonisation impérialiste (même si, comme beaucoup de Japonais à l'époque, il y a d'abord participé). Son déménagement symbolise le passage d'une ambition terrestre (colonisation) à une ambition spirituelle (Ōmoto-kyō/Aïkido).
Ueshiba, qui a transformé le Daitō-ryū Aiki-jūjutsu en Aïkido (Voie de l'Harmonie Énergétique), concrétisant l'idéal de l'Ōmoto-kyō dans un art martial. Son art est la manifestation de son expérience avec Onisaburō Deguchi et son engagement pour le Misogi (purification shintoïste) au service de la paix. A sa suite, il y eu deux figures majeures qui ont jeté les bases des Dō modernes, ouvrant la voie à la spiritualisation et au développement personnel.
Jigorō Kanō (嘉納治五郎) était un éducateur et un homme d'État qui a réformé le jūjutsu en sport éducatif. Ses liens avec l'Ōmoto-kyō ne sont pas aussi directs que ceux d'Ueshiba, mais il y a des connexions dans le cercle plus large des personnalités liés aux arts martiaux et la spiritualité de l'époque. Kanō avait pour objectif d'utiliser le Jūdō pour l'éducation du corps et de l'esprit, insistant sur le principe de l'« utilisation maximale de l'énergie la plus efficace » (Seiryoku Zen'yō) et l'« entraide et prospérité mutuelle » (Jita Kyōei). Ces idéaux de développement personnel et de bien-être collectif résonnent avec l'universalisme de l'Ōmoto-kyō, même si Kanō était plus proche des cercles institutionnels japonais. Kanō était le plus influent des maîtres martiaux japonais de son temps. Il a certainement été en contact avec des personnes liées à l'Ōmoto-kyō (y compris Ueshiba lui-même, à travers des démonstrations ou des cercles martiaux). Si il n'y a aucune preuve que Kanō ait été un adepte de l'Ōmoto-kyō, il a été un contemporain qui partageait un désir de transformer les arts guerriers en voies de développement humain (Budo), un objectif spirituel que l'Ōmoto-kyō a grandement encouragé. Jigorō Kanō a transformé le jūjutsu en Jūdō (Voie de la Souplesse), insistant sur les principes éducatifs et moraux (Seiryoku Zen'yō et Jita Kyōei). Il a créé le cadre institutionnel pour les Budo modernes et a indirectement influencé la génération suivante (comme Koichi Tohei qui a commencé par le Jūdō). Parallèlement aux arts martiaux, d'autres figures ont développé des méthodes d'éveil de la conscience et d'harmonisation énergétique.
Ce courant de Développement Personnel et d'Unification Corps-Esprit est incarné par Nakamura Tempū (Shinshin Tōitsu Dō). Son propre chemin spirituel l'a mené à voyager en Inde où il a étudié le yoga, la méditation et le Samkhya auprès d'un yogi. Sa philosophie est donc plus directement influencée par les traditions indiennes. Nakamura a systématisé la notion de Ki pour le développement mental et physique, créant la méthode de l'Unification Corps-Esprit. Il a directement formé Koichi Tohei, fournissant à l'Aïkido d'après-guerre une méthode pédagogique pour enseigner le Ki (énergie vitale). Nakamura Tempū a été le premier à populariser de manière moderne et non religieuse la notion de Ki pour le développement personnel, la santé et l'efficacité mentale. Il a été une source d'inspiration pour Koichi Tohei, élève de Ueshiba (fondateur du Ki Aikido/Shinshin Tōitsu Aikidō). Tout comme l'Ōmoto-kyō a encouragé la spiritualisation des arts martiaux avec Ueshiba, Nakamura Tempū a œuvré pour la spiritualisation et l'harmonisation de l'existence par la discipline mentale et corporelle, à travers un mouvement parallèle de recherche intérieure au Japon.
Wataru Nagai
Michizo Noguchi
Wataru Nagai a été le créateur de la méthode simple des quatre étirements pour améliorer la souplesse du bassin et retrouver la santé, inspiré par sa quête personnelle suite à une maladie grave. Ses exercices ont directement influencé Shizuto Masunaga (Shiatsu/Keiraku Taiso), et sa méthode est devenue une référence pour la gymnastique corporelle (Taiso) au Japon, y compris dans certains dojos d'Aïkido.
Michizo Noguchi (Noguchi Taiso) lui a été le créateur d'une méthode corporelle unique axée sur la fluidité, la gravité et la conscience du corps comme un "sac d'eau". Il a rompu avec l'entraînement musculaire rigide. Son travail est devenu fondamental dans les arts de la scène et influence toute approche visant le mouvement spontané et l'efficacité sans effort, rejoignant l'idéal de fluidité recherché par l'Aïkido et le Ki.
Koichi Tohei (élève de Kanō, Ueshiba et Nakamura) est le point de rencontre de ces courants. Sa vie illustre que les grands mouvements d'arts martiaux et de développement personnel de cette époque s'inspiraient mutuellement. Il a synthétisé :
• L'éthique du Dō (Kanō).
• Le principe de l'Aïki-harmonieux (Ueshiba/Ōmoto-kyō).
• La méthode d'entraînement du Ki (Nakamura Tempū).
Koichi Tohei
Pour une vue complète, d'autres acteurs moins souvent cités sont importants :
Sokaku Takeda (武田 惣角) : Maître du Daitō-ryū Aiki-jūjutsu. Il est le professeur d'arts martiaux d'Ueshiba. Bien qu'il ait enseigné un art guerrier plus traditionnel et secret, sa transmission des techniques d'Aïki est le fondement technique de l'Aïkido d'Ueshiba, qui y a ensuite ajouté la dimension spirituelle de l'Ōmoto-kyō.
Shizuto Masunaga (増永 静人) : Le maître de Shiatsu qui a développé le Keiraku Taiso (Gymnastique des Méridiens), une série d'étirements basée sur l'œuvre de Wataru Nagai. Il a ainsi intégré la gymnastique corporelle à la médecine traditionnelle japonaise.
Kaiso Deguchi Nao (出口 柏子) : La première épouse d'Onisaburō et la fille de Nao Deguchi. Les femmes de la lignée Deguchi ont maintenu l'intégrité de l'Ōmoto-kyō en tant qu'entité spirituelle, même après les purges et l'emprisonnement des hommes, assurant la survie du contexte qui a fait naître l'Aïkido.
Pour bien comprendre l'étendue de la transformation du Budo, il est essentiel d'inclure la figure qui a popularisé la principale tradition martiale d'Okinawa, Gichin Funakoshi (船越 義珍, 1868–1957), le fondateur du Karaté Shotokan qui est considéré comme le père du karaté moderne japonais. Il a été la figure centrale dans le processus d'introduction et d'adaptation du Tode (main chinoise) d'Okinawa au système éducatif et martial japonais, en le rebaptisant Karate-do (Voie de la Main Vide). Il a insisté pour que le Karaté devienne une voie de développement du caractère plutôt qu'une simple technique de combat. À l'instar de Jigorō Kanō avec le Jūdō, Funakoshi a normalisé les techniques, créé des formes (kata) et surtout, a mis l'accent sur le "Dō" (la Voie). Son célèbre principe : « Le Karaté est d'abord une question de respect » (Karate ni sente nashi - Il n'y a pas de première attaque dans le Karaté) souligne son adhésion aux idéaux éducatifs et moraux qui caractérisent les Budo modernes, faisant écho aux quêtes de développement intérieur de l'époque.
Ce bref aperçu montre que les arts martiaux, la spiritualité (Ōmoto-kyō) et le développement personnel au Japon ne sont pas des domaines séparés, mais les facettes d'une seule quête visant à harmoniser l'individu avec le cosmos, une vision fortement propagée par la doctrine Ōmoto. À l'aube de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le Japon impérial se repliait sur un nationalisme agressif, ces figures se sont distinguées par leurs idéaux d'universalité et de paix. L'Ōmoto-kyō est l'exemple le plus frappant de cette résistance. Leur promotion de l'Esperanto (Unu Interlingvo) et leur idéal d'un Royaume de Paix en Mongolie étaient directement opposés à l'idéologie d'expansion militaire du gouvernement. Les purges violentes (Ōmoto-jiken) de 1921 et 1935 où le gouvernement impérial a détruit le siège du mouvement et emprisonné ses leaders (y compris Onisaburō Deguchi) prouvent le caractère non-conformiste et anti-nationaliste de leur doctrine. Morihei Ueshiba a transformé son art en Aïkido (« Art de la Paix ») après ses révélations, le plaçant au service d'un amour universel plutôt que d'une cause nationaliste. Les travaux de Nakamura Tempū sur le Ki et l'unification corps-esprit, influencés par ses études en Inde (Hatha Yoga et spiritualité indienne), transcendaient les frontières culturelles et nationales, offrant une voie de développement disponible à tous. Ces maîtres cherchaient des vérités fondamentales du corps et de l'esprit qui étaient universelles, loin des dogmes nationalistes étouffants de l'époque.
Le besoin d'un entretien physique et énergétique se reflète dans une variété de disciplines contemporaines d'Arts d'Écologie Corporelle et de pratiques approchantes, souvent confidentielles ou issues d'autres traditions, qui partagent des objectifs similaires aux Aiki Taiso (la gymnastique préparatoire de l'Aïkido), au Do In (導引), gymnastique de santé chinoise/japonaise basée sur l'automassage, les étirements et la respiration pour stimuler les méridiens. Le Do In, très proche de l'Aiki Taiso, vise l'autonomie de la santé et la circulation de l'énergie (Ki). Le Hatha Yoga, pratique indienne d'harmonisation par les postures (asanas) et la respiration (pranayama) a influencé directement Nakamura Tempū, qui a importé cette dimension de body-mind au Japon. L'Il Won Do (일원도) est un mouvement spirituel coréen contemporain de l'Ōmoto-kyō (fondé par Sōt'aesan), mettant l'accent sur la vérité unifiée et le développement spirituel. L'Il Won Do reflète la quête d'universalité et de réforme spirituelle en Asie Orientale, parallèlement à l'Ōmoto-kyō, et qui s'épanouiront dans le courant du Won Hwa Do inspiré par Maître Sun Myung Moon.